Les cheveux mauves

Le travail de Pierre-Alain Poirier peut-être, au tout premier abord , qualifié de sculpture. Ce serait cependant très réducteur de l’aborder ainsi, par la sculpture. Il s’inscrit en effet plus singulièrement dans un projet alliant subtilement interrogation sur l’apparente fonctionnalité des objets(bibliothèque, lit, chaise, porte-monnaie, vêtement) dont il esquisse une poétique intime particulièrement sensible et les signes d’une modernité passant par leur revisitation conceptuelle. Une forme n’est pas qu’une forme, elle raconte même de façon énigmatique. Pierre-AlainPoirier utilise les mots comme des indices suspendus de sens, indices qui se glissent aussi par effraction dans les pièces installées, tel un ouvrage littéraire caché dans la doublure d’une veste suspendue à une patère murale ou la page prélevée d’un livre accolée sur le flanc du socle d’une sculpture faussement citationnelle. Narrations secrètes donc, mais aussi installations assimilables à des montages par la juxtaposition des éléments qu’elles convoquent (lit + livre + ocarina + matelas de mousse + pantalon) ou des matériaux qui les constituent (bois + bétadine + verre+feuille de papier + canettes d’une boisson énergisante) sont l’expression d’un univers habité mais tout en retenue, qui, plus que le mot sculpture, définissent le travail de Pierre-Alain Poirier.

Arnaud Labelle-Rojoux

 

La pratique de Pierre-Alain Poirier est constituée de différents médiums et modes d’expression qui vont de l’écriture à la photographie, en passant par le dessin ou encore la sculpture. Au départ, il y a souvent l’envie de faire surgir des personnages : Celui qui a vécu une rupture amoureuse (Des larmes de crocodile), celle qui est malade (L’après-midi des oies) ou plus récemment, Manu (Le doigt dans la bouche). Sans parler d’un “art romanesque”, il s’agit de s’en servir comme d’un embrayeur, mais aussi et surtout de mêler vécu personnel, fiction et histoire de l’art. S’il réalise des mobiliers, c’est qu’ils lui permettent non seulement d’interroger leur fonctionnalité mais aussi de créer des espaces intimes. Les lits, tout comme les repose-têtes, supportent des corps possibles mais deviennent aussi supports à accessoires, récits et à rêves. Peut-être constituent-ils des scènes évidées formées “d’objets sculptures” en attente d’être réactivés comme ses ocarinas. Référence lointaine à des artistes qu’il affectionne comme Guy de Cointet. Ses éditions sont à tirage unique, c’est que celles-ci, bien qu’elles contiennent un texte font corps avec le dispositif. Pierre-Alain veut créer “des indices/ énigmes” et que le spectateur rentre dans ce jeu de piste fait d’échos textuels et formels. S’il montre des séries comme “les vestes pour”, “les fleurs” et “les repose-têtes” constitués de médicaments, c’est qu’elles sont pour lui une manière d’accompagner les jours,de les collectionner. Ainsi, pour la première série, il cache un livre qui l’a touché dans la doublure d’une de ses vestes. Parfois une doublure est ajoutée. Il cherche le geste minimum mais le plus juste possible. Par cela, il mêle Jean Genet, d’une part, et son “journal d’un voleur” à une anecdote: sa grand mère cousant des poches pour permettre à son oncle de voler des livres et, de l’autre, à Yves Klein qui, dit on, cachait une petite peinture dans la poche intérieure d’une de ses vestes. “Les cheveux mauves” “Pour ma résidence à l’Escaut Architectures, il y avait dès le départ l’envie de mettre en danger mon travail, de le confronter à quelque chose de nouveau. C’est pourquoi j’ai décidé d’inviter le jeune chorégraphe Antonin Rioche à partir de pièces préexistantes ou nouvelles comme l’édition “les cheveux mauves” par exemple , à venir ré-habiter mon travail. C’était pour moi l’envie de redonner du corps à un espace exposition, mais aussi d’observer les frottements qui s’opèrent entre lieu de monstration et scène, décor et sculpture mais aussi écriture plastique et dramaturgie . Faire réaliser sur mesure deux chaussures pieds gauches (chaussures pour Antonin) et les faire porter à Antonin c’est évidement “ un cadeau empoisonné” pour un danseur mais qui reste plus qu’un simple partage puisque seul Antonin peut les porter. Souvent mes pièces comme les ocarinas contiennent en elles ce potentiel, qu’Antonin ici, pouvait choisir d’activer ou non. Notre collaboration s’est donc construite sur ce partage entre symétrie et di-symétrie. De cela est née une performance “ je me cogne partout”, qui bien qu’elle ait son autonomie propre est à comprendre comme une partie de l’exposition, une “sur-pièce”, ou peut-être comme pour l’édition des cheveux mauves, une mise en abîme, entre indices, reflets et fiction.” 

 

JE ME COGNE PARTOUT

“Pour ma résidence à l’Escaut Architectures, il y avait dès le départ l’envie de mettre en danger mon travail, de le confronter à quelque chose de nouveau. C’est pourquoi j’ai décidé d’inviter le jeune chorégraphe Antonin Rioche à partir de pièces préexistantes ou nouvelles comme l’édition “les cheveux mauves” par exemple , à venir ré-habiter mon travail. C’était pour moi l’envie de redonner du corps à un espace exposition, mais aussi d’observer les frottements qui s’opèrent entre lieu de monstration et scène, décor et sculpture mais aussi écriture plastique et dramaturgie . Faire réaliser sur mesure deux chaussures pieds gauches (chaussures pour Antonin) et les faire porter à Antonin c’est évidement “ un cadeau empoisonné” pour un danseur mais qui reste plus qu’un simple partage puisque seul Antonin peut les porter. Souvent mes pièces comme les ocarinas contiennent en elles ce potentiel, qu’Antonin ici, pouvait choisir d’activer ou non. Notre collaboration s’est donc construite sur ce partage entre symétrie et di-symétrie. De cela est née une performance “ je me cogne partout”, qui bien qu’elle ait son autonomie propre est à comprendre comme une partie de l’exposition, une “sur-pièce”, ou peut-être comme pour l’édition des cheveux mauves, une mise en abîme, entre indices, reflets et fiction.” 

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Performance by Antonin Rioche inside Pierre-Alain Poirier's exhibition.

Pierre-Alain Poirier's practice is made up of different mediums and modes of expression, ranging from writing to photography, drawing and sculpture. Initially, there is often the desire to bring out characters: the one who has experienced a break up in love (crocodile tears), the one who is sick (the afternoon of geese) or more recently, Manu (The finger in the mouth). Not to call it "romantic art", it is about using it as a shifter, but also and especially to mix personal experience, fiction and history of art. If he makes furnitures, it is because they allow him not only to question their functionality but also to create intimate spaces.

Beds, just like the headrests, support possible bodies but also become accessories to props, stories and dreams. Perhaps they are hollow scenes formed of "sculpture objects" waiting to be reactivated like its ocarinas. Far reference to artists he likes such as Guy de Cointet. His editions are single-print, though they contain a text, become one with the device. Pierre-Alain wants to create "clues / enigmas" so that the spectator enters this treasure hunt made of textual and formal echoes. 

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