Ecole de Cirque
étalement ou compacité?
Deux tendances s'observent dans le monde en matière d'équipement à finalité circassienne.
L'une s'étale, occupant un vaste terrain. Elle génère un dispositif de "village", préservant l'échelle humaine et générant des objets expressifs de leur fonction: lieu du spectacle, lieu de l'entraînement, lieu d’accueil, etc. Les images qu'elle procure s'interprètent aisément comme appartenant à l'univers du cirque.
L'autre se concentre sur la performance de l'outil. Sur sa capacité à offrir les supports pour tous les devenirs possibles du spectacle et de la performance. Elle génère des objets hors échelle humaine, espaces démesurés, dont l'image semble appartenir à l'univers du business.
centralité
« Francesco Borromini accomplit le pas décisif en introduisant délibérément l'espace comme élément constituant de l'architecture. Ses espaces sont des totalités complexes, données a priori comme des figures indivisibles. Ce caractère est souligné par tous les moyens à sa disposition et, avant tout, par la continuité des murs qui limitent l'édifice. Son cloître de Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines, à Rome (1635) en est un bon exemple. Borromini réussit à y créer un élément spatial unifié en ne recourant qu'aux moyens les plus simples. Le cloître est entouré par un système continu de colonnes disposées rythmiquement. Il n'y a pas de coins au sens habituel du terme, puisque la plus petite baie du système mural est prolongée en une courbe convexe là où devraient se trouver les angles. L'espace est donc voulu en tant qu'unité articulable mais non décomposable. » C.Norbert-Schulz, La signification dans l'architecture occidentale.
Recherche d’une centralité qui renvoie à l’imaginaire du cirque dit 'traditionnel'. 360°. C’est un enjeu spatial, un dispositif optique, scénographique, physique, voire anatomique. Un éternel venu de la course des chevaux.
Le cercle sans le cercle ? La piste. Codification des signes de la représentation circassienne, marquée par la prédominance d’un rapport scène/salle sans frontière, sans cadre de scène. Le public, du fait de son omniprésence autour de la piste, fait partie intégrante de la mise en scène. Importance de la relation à 'l'autre', à l’existence de points de vue multiples.
Importance du rapport au sol, du poids de la masse qui découvrira un espace sans limites. Altération du sol en tant que référence par tout ce qui circule en-dessous, au-dessus, là-bas au bout. Double-dimension de la notion de ‘piste’ : le sol et le vide. Parle-t-on véritablement de centralité ? Point de départ de fuyantes. Glissements possibles d’un espace à l’autre, sans coulisses, sans définitions. Articulations.
programme
Qualité d'un programme.
Le cirque est affaire d'espace et d'appréhension de l'espace.
Rares sont les programmes exprimés en volumes.
Le cirque définit ses usages au-delà de la surface du sol.
En trois dimensions.
Aux équipements propres à l’Ecole de Cirque de Bruxelles s'ajoutent la maison de production Blue Lemon et les sections professionnelles de l’Institut de Rythmique Jacques Dalcroze. Cet assemblage a pour but ultime la construction d’un Centre d’Etudes en Pédagogies Artistiques à orientations multiples : rythmique, arts du cirque, mouvement, musique.
Ce projet se base sur l’expression du vide en tant que lien entre les composantes du bâtiment et en tant que lieu d’échanges, de rencontre voire de développement de projets. C’est la présence du vide et de ses méandres dans le bâtiment qui fait de l’Ecole de Cirque un outil multiple et unitaire. Dualité Immersion/Isolement.
Il permet en son sein l’apport d’objets, leur déplacement et leur confrontation. A l’inverse, ces installations qui nourrissent le bâtiment permettent de le réduire à sa plus grande simplicité.
Le cube, objet mystérieux et strict qui développe en son sein la démesure des Arts du Cirque. Besoin de cette confrontation pour souligner les (en)jeux volumétriques intérieurs. Une grande paroi ceint le bâtiment, et contient, retient, provoque la multiplicité des formes de création internes.
La maille dorée qui recouvre le bâtiment offre quant à elle deux autres dimensions de jeu : elle permet à certains endroits l'infiltration d'une lumière rendue dorée à l'intérieur du bâtiment et à d'autres développe des lieux de création 'hors les murs': toiture, préau, interstices entre le 'mur d'enceinte' et cette peau.
La logique des percements permet l'altération du référent 'sol'. Il s'agit d'ôter ou de modifier deux parois de chaque volume. C'est la maitrise de ces ouvertures, par leur positionnement et leur envergure, qui confère au Cube toute la complexité liée à la représentation des Arts du Cirque.