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Posted by Nadine Chanvillard on 2008-06-06 12:16:58

Tags: zaragoza 2008, Zaragoza.

Zaragoza, quatrième ville d'Espagne, vieille de 2032 ans cherche à se transformer en véritable Babylone. Les grutiers y ont trouvé leur nouvel El dorado, et la ville s'étend de façon exponentielle au milieu du désert aragonais. Un projet de construction d'un 'Las Vegas' européen, avec divers champs de golf, est en court. En parallèle, la ville organise l'Exposition Universelle sur le thème de l'eau (ah!les paradoxes espagnols!).

Je travaille pour le pavillon du Royaume de la Belgique, en Espagne, moi française d'origine danoise. Le catalan ne me sert qu'à frimer auprès du charmant 'chargé de livraisons'. Je donne des ordres à des moldaves, ukrainiens, roumains, portuguais, sénégalais, flamands, équatoriens, argentins, et quelques espagnols. L'oeuvre, ou chantier, est de dimension titanesque. Tous les états sont ré-unis pour exhiber et édifier leur orgueil d'homme, de savoir et de progrès (sauf les pays les plus pauvres, les Etats-unis et le Royaume-uni).
L'immensité des travaux me fait entrevoir ce qu'à dû être la construction des pyramides. 5000 hommes qui travaillent ensemble, c'est beau, c'est une chorégraphie milimétrée, parfois organique, parfois militarisée. Les ouvriers sur le chantier (et les femmes dans les bureaux) travaillent tels des fourmis dans une fourmilière à l'aide de machines zoomorphes. Les élévateurs broutentles sommets des bâtiments, Les 'toros' chargent les camions en se plantant sur
leurs pattes avant, les bolides ouvrent le chemin aux engins les plus gros... Le jeux des échelles est impressionant. Les machines nous renvoient à notre taille d'insectes sociaux.

Lorsque le grutier du pavillon d'Aragon (à l'entrée du site) siffle un aria de la Traviata, un effet de contagion iminant se produit. Sur les 160 000m2 du site, ces quelques notes universelles se font écho, se répètent, passant des lèvres des coréens à celles des allemands, avec un simple sourire comme témoin de relais.

Les contrôles en tous genres se multiplient. Hier j'ai tout de même passé 4 contrôles avec la carte d'Harry Cole... j'ai quelques doutes quant à l'efficacité de ces derniers. En tous cas la peur de l'attentat est là. ETA fait trembler les organisateurs. Qui tremblent aussi pour que les délais soient respectés. Quelques greffes d'estomacs sont à prévoir. Lorsqu'il ne s'agit pas de la sécurité (gorilles) du site, on voit débarquer les agents de la sécurité du plan santé, la sécurité du batiment et même la gestapo de GAM (location de machines qui empoche 600euros par livraison) nous poursuit. Marie Szersnovicz et moi avons beau essayé de jouer Cats' eyes, nous n'arrivons pas souvent à passer dans les mailles du filet. Heureusement nos sourires nous ont permis de trouver de nombreux alliés dans cette guerre du temps et de l'argent.

Ce texte se fait long pour un mail. Mais l'experience est si intense que je pourrais en discourir des pages et des pages durant.

Marie Storup. 1 mai 2008