Article

cheval noir - cheval blanc

Article Information

Posted by Nadine Chanvillard on 2007-10-31 17:45:49

Tags: 2007, Cheval Noir, Brussels.

A propos du site dénommé "Cheval Noir" à Molenbeek-St.Jean - Programme Atelier BAC3 Horta

Impressions : Gérard Béthume

Volonté de patrimonialiser, de sauvegarder, de vouloir maintenir ou faire garder…mais sans regarder.
La trace patrimoniale de ce bâtiment n'existe plus, ce n'est plus et même pas une coquille vide ou débarrassée de ce qui en faisait sa nature. Qui sait encore, ce qui s'y réalisait exactement ?, brasserie, certes, mais encore…
Sa silhouette, de par son profil et sa teinte, fait partie du paysage du quartier, mais combien de silhouettes plus significatives, plus emblématiques et plus architecturales ou patrimoniales n'ont pas eu la chance d'être sauvegardées.

Si le témoignage industriel se doit d'être porté sur les lieux, le site du Belle-Vue voisin est plus significatif et combien plus potentiel.

Pour vouloir le maintenir, il y a à le replacer dans une réalité, ce n'est pas un patrimoine, détourné et remanié, il véhicule à ce jour, la peur et la retenue, la frilosité et la médiocrité créatrice.

Pour vouloir le maintenir il n'y a pas à le réinvestir mais à l'investir, lui révéler son existence de son origine jusqu'à aujourd'hui et non d'une partie de son passé industriel, l'investir, c'est se débarrasser de tout sentimentalisme médiocre, de toute imagerie de lobby, de toute allégeance patrimoniale et de tout affect sur la trace.

Ce bâtiment n'est pas un objet, il appartient certes au site, mais c'est le site qui est porteur et intervenir sur ce site (de traces industrielles) c'est intervenir sur toutes ses parties dans un esprit de préoccupations dynamiques d'aujourd'hui, elles seules peuvent prétendre porter l'héritage de ce qui a fait surgir cette construction au sein de son quartier.

Si vouloir le garder, peut porter une question relative au développement durable, coût de la démolition et du recyclage, soit, mais alors, cette préoccupation doit être le ferment d'une attitude générale sur le site, attitude pouvant porter cette construction comme support à un intérêt énergétique, ce qui le replacerait à son origine de réalisation industrielle.

De cheval noir en faire un cheval blanc, de relique à édulcorer et de nos appétits à formaliser, en faire un porteur de nouveaux regards autrement plus préoccupants que des maintiens de toiture, respect des percements et des attributions catégorielles ou programmes clichés.

Cheval blanc, avec vêture et robe blanche énergétique, générant des voisins avec de nouveaux potentiels et des accents de performance plus que des attributs architectoniques ou esthétisants d'un âge à présent dépassé. L'esthétisme n'est pas dans la stylisation formelle ou radicale, lobbyiste et excluante mais dans notre volonté d'adaptation à envisager de nouveaux éléments qui se profilent, mixité des systèmes d'énergies et mixité des fonctions, mixité des cultures et des programmes pour réaliser un quartier ou plutôt un éco-quartier innovant et enthousiasmant.

Cheval blanc pour cavalier blanc. Ce qui est surtout souhaitable c'est sortir du cliché que l'architecture est la solution, ce n'est pas l'architecture qui doit être portée mais les habitants et occupants du site qui pourront vivre et porter un mode de vie différent et en harmonie avec nos futures responsabilités. Pour cela il y a lieu de s'inscrire dans une architecture qui échappe aux pièges et qui veut porter le fruit d'une démarche collective pour laquelle les architectes ont à s'engager en cherchant à s'ouvrir à des solutions innovantes nourries de technologie et empreintes d'une écologie réelle.

Les premières réalisations du modernisme ont eu leurs raisons sur des bases d'hygiénisme (le blanc, les matériaux lisses), de lutte contre la tuberculose, (orientation et détachement des volumes, volonté de lumière et de soleil), de proposer de nouveaux programmes et équipements fonctionnels (écoles, crèches, dispensaires, hôpitaux, logements sociaux) et enfin de réponse par moyens limités ("architecture de guerre" Victor Bourgeois). Cette époque a tué les styles 1900 et Horta s'est vu reléguer d'un autre siècle. Notre temps peut se reporter à ces temps, l'architecture pour une grande partie de l'opinion, se trouve encore dans les styles de toutes catégories situés entre des néo-modernistes nostal"gisants" et des contemporains académisants se partageant au-delà de querelles les mêmes réponses.

C'est le mode de vie qui doit être le but ou plutôt le début. L'architecture a à dépasser l'expression de l'ego de l'architecte et à promouvoir avec d'autres disciplines (autres que leurs associés, urbanistes et aménageurs), une dynamique sociale qui conjugue de nouveaux rapports et relations de voisinage, inter-culturels, hors des exemples jetés et démagogiques ou récupérateurs, commerce équitable, réponses aux aspirations et identités des quartiers et nouvelles propositions selon les potentialités de chaque lieu.

En cela, l'architecture pourrait être une forme de cavalier blanc.

Le projet